Il réussit à franchir les portes de la rame juste avant que celles-ci
ne se referment derrière lui dans leur fracas habituel. Le casque vissé
sur les oreilles, il scrute rapidement le bocal métallique et se
faufile jusqu’à un strapontin libre. Il s’affale et laisse filer ce
souffle trop longtemps retenu lors de sa course effrénée sur le quai.
Plus loin, un guitariste improvisé joue avec désespoir sur une guitare
tout aussi mélancolique. Il est 18h10.
« Avant, quand les gens étaient infidèles, ils se quittaient. Maintenant, ils veulent gagner sur tous les fronts, tenir leur couple mais s’offrir des frissons.(...) explique un professionnel, En France, tous les magazines parlent d’adultère, c’est devenu une façon de vivre, une soupape de sécurité au mariage."
Devant son miroir, le visage à quelques centimètres de celui-ci, elle caresse délicatement sa bouche de la douceur pivoine de son rouge à lèvres. Elle l’uniformise dans un glissement de lèvres sensuel. Touche finale aux préparatifs qui sévissent dans son petit deux-pièces parisien depuis maintenant une bonne demi-heure. La soirée s’annonce des plus romantiques. Un rendez-vous. Un rendez-vous galant qui plus est.
Tellement loin le dernier que celui-ci ressemble au premier. Avec son lot de palpitations, d’angoisses et de mains moites. Comme jadis, lorsqu’elle n’était qu’une adolescente introvertie. Un rendez-vous qui la rend autant heureuse que fébrile.
Après des échanges nourris et intelligents sur Un amour de rencontre, vous voici enfin face-à-face. Or ça y est. Elle/Il est là. Devant vous. Enfin. Vous vous êtes longtemps demandé(e) quel effet cela ferait. Alors, que vous dit votre petite voix ?
« Mmmmph… Bof ! »
Pas de panique. Des croix dans la colonne des «-» , d’autres dans celle des «+». Pas d’étincelle ou si peu. La compagnie est agréable et la complicité vraie… Envisagez l’option « ami », mais n’y comptez pas trop. Quand on est venu pour une rencontre amoureuse le changement de registre est périlleux. Jamais impossible, notez bien. Si décidément vous sentez cet agréable sensation d’être bien ensemble, ne tirez pas non plus trop vite votre trait sur ce qui pourrait être une relation douce et équilibrée. On apprend à aimer dans la durée et à être infiniment heureux d’une complicité intelligente, sans les affres de la passion des premiers mois. Pouvez-vous vous en passer ? Moi non, mais c’est vous qui voyez!
08h15. Châtelet-les-Halles. Quelques retardataires essoufflés franchissent le seuil du wagon alors que la sonnerie lancinante de fermeture des portes me sort quelque peu de ma torpeur matinale. Parmi eux, une femme. Quarantenaire assumée fringante, pimpante et souriante. Une élégance admirable compte tenu du sprint sur talons hauts qu’elle vient d’effectuer.
Sans réfléchir, je me lève et je lui propose ma place. Naturellement. Instinctivement. Au passage j’attrape un sourire rempli d’étonnement et de soulagement. Une pensée lui traverse sans doute l’esprit « la galanterie n’est pas morte ».
Est-on jamais trop gentil ? Bien sûr que oui! Arrêtons de vouloir prêter nos jouets et donner nos bonbons, cette gentillesse-là était bonne pour l'enfance, quand "sois gentil" signifiait "sois silencieux et ne fais pas crier les autres". La gentillesse est une valeur essentielle à enseigner à nos enfants, elle va de pair avec le respect, respect des autres mais aussi de soi. Pour être cohérent, on devrait apprendre aux enfants à être gentils avec eux-mêmes aussi. Le plus souvent on ne le fait pas... Mais il n'est jamais trop tard!
Je suis certain que vous vous en souvenez. Comme si c’était hier. Il est de ces instants qui restent à jamais gravés dans la mémoire de ses acteurs. Des minutes indélébiles dont la seule évocation vous renvoie le souvenir d’un moment unique. Un moment durant lequel tous vos sens ont été en fusion. Vos mains fébriles et tremblantes. Votre bouche soudainement asséchée pour l’appréhension qui vous envahissait. Votre ouïe amplifiant votre respiration courte et saccadée. Votre odorat plus que jamais exacerbé s’imprégnant à jamais de la présence de l’autre. Cet autre visage que vos yeux ébahis et muets voyaient de plus en plus près. Si près. Encore plus près.
Il paraît que ce sont les derniers kilomètres les plus difficiles. Nous n’avons jamais été aussi proches de nos sacrosaintes vacances d’été et les quelques semaines (voire quelques jours pour les juilletistes) qui nous en séparent nous paraissent une éternité. On n’en finit pas de s’imaginer sur cette plage féerique de carte postale, ou dans cette campagne verdoyante loin de tout ce qui nous préoccupe. On n’en finit pas de s’imaginer dans les bras de cette moitié avec qui on est venu ou qu’on a trouvée sur place. L’été rime avec amour. Que ce soit cet été familial ou baroudeur qu’on partage avec celui de notre vie de tous les jours. Que ce soit cet amour qu’on a rencontré là-bas, au détour d’un tapis de bagages, d’un bus d’excursion, d’une plage bondée, d’une piste de danse surchauffée, d’une terrasse ensoleillée … Ce dernier se nomme à juste titre « Amour de vacances ».
Et si c’était aujourd’hui ? Votre coup de foudre, celui qui ne prévient pas, qui arrive là où vous ne l’attendiez vraiment pas, alors que vous aviez prévu tout autre chose. Et si c’était aujourd’hui ? Oh, ne me faites pas cette moue ! Croyez-en une survivante ! Car le coup de foudre peut vous brûler vif, vous décevoir à blanc. Il suffit d'un regard ? Mon oeil ! Il vous faut deux regards, déjà. Le coup de foudre à sens unique est encore une autre sorte d’enfer. Et même sur une base saine, l’important reste la suite.
« Et leurs yeux se rencontrèrent… ». Sans être exactement la
princesse de Clèves en personne, nous avons tous connu ces petits moments
où un regard peut sembler tout dire. Un(e) inconnu(e) face à nous dans le métro, dans le bus, dans le train ou
l’avion. Il ou elle nous plaît.
Que faire ? On s’évite, on se cherche puis on se trouve, on se frôle… sans que la conversation ne s’engage nécessairement, une complicité s’installe, un jeu amoureux discret que nous avons tous expérimenté au moins une fois, sans le faire aboutir...Garder ces instants suspendus, sortir à sa station habituelle en se lançant éventuellement un dernier sourire… Mais pourquoi justement, ne pas faire durer ? Pourquoi ne pas poursuivre les œillades ?








