Demain, je me marie.
Je suis chez mes parents, séparée de mon amoureux pour la dernière nuit (j’espère !), entourée de mes frères et de ma sœur, de mon cher papa et de ma douce maman.
Tous sont là, autour de moi pour cette ultime soirée de jeune fille et je suis très émue.
Ils sont ce que je suis devenue : on s’est disputé, on s’est réconcilié, on a pleuré ensemble, on a passé des moments inoubliables et certains autres qu’on aimerait oublier, des instants privilégiés, de hurlements de rire en crises de nerf, on a traversé, toutes les 6, ces années ensemble, inséparables, on est une famille unie, spéciale, sensible, on vit.
Je les regarde, eux qui sont là si près de moi dans cette dernière ligne droite, à la veille de l’engagement le plus important de ma vie et je ne sais pas comment les remercier pour leur personnalité, leur regard sur la vie, leur enseignement, leur générosité et leur foutu caractère.
Je les regarde et je réalise encore une fois que je vais plus ou moins les quitter, engager ma vie loin d’eux.
Je suis la première à me marier, j’ai l’impression de leur faire faux-bond, à eux qui ne m’ont presque jamais lâché la main pendant ces longues années, si vite passées.
Alors par ces lignes, je vous rends hommage, Papa, Maman, Marie, Arthur et Henri, je vous demande aussi de ne pas me mettre de côté juste parce que je serai mariée, et demain, c’est sûr, vous aussi me ferez pleurer…
Vous aussi vivez des moments heureux avec LA personne qu'il vous faut, grâce à Love Intelligence >>
Dans une semaine, on y est …
Tout est prêt, ma robe, mes témoins, les fleurs, les livrets de messe, le déroulement de la journée est orchestré, les alliances gravées, l’église nettoyée, le photographe briefé, les enfants d’honneur sermonnés, et mon futur mari toujours très détendu et sûr que tout se passera comme c’est écrit sur le papier.
Et moi, bien sûr, j’ai peur. Vous savez de quoi ?
J’ai peur que quelqu’un se lève à la mairie quand on demandera à l’assistance si personne ne s’oppose à notre mariage… Tout à coup, j’imagine qu’un amoureux transi fera tout pour empêcher cette union, l’acte serait magnifique mais ses conséquences désastreuses.
Mais j’ai peur surtout que Jules ne veuille plus dire oui au dernier moment…
Mille fois, je lui fais promettre à genoux que s’il ne veut plus de moi, qu’il ait pitié et me le dise le plus tôt possible… Surtout pas à l’église, je ne m’en remettrai jamais.
Mille fois, je suis pire que ce que je sais être quand, vraiment, j’ai envie de tester ses sentiments et ses limites.
Mille fois, je fais semblant de « douter encore » pour apprécier ses efforts verbaux à me convaincre que nos vies sont forcément liées.
Je crois qu’à J-7, j’ai vraiment passé en revue TOUS les scénarios catastrophes qui peuvent arriver ce jour-là, et que rien ne pourra me surprendre finalement.
Je suis prête…croyais-je !
Vous aussi vivez des moments heureux avec LA personne qu'il vous faut, grâce à Love Intelligence >>
La liste de
mariage, quand j’y pense !
Cette
institution vieille comme le monde et qui peut paraître enchanteresse pour
beaucoup vire souvent au cauchemar…
Je le sais,
j’ai testé : je les ai vus, ces petits couples enlacés en arrivant et
repartant chacun de leur côté, rouge de colère et proches de la séparation, je
les ai senties, ces larmes au bord des yeux parce que décidemment, le service
choisi ne va pas avec la nappe de la grand-mère, je les ai écumées, ces allées
ouatées pour amortir les crises d’hystérie devant les vitrines !
Mon adorable
future belle-mère a absolument voulu
nous accompagner pour constituer, sous son regard vigilant, cette
fameuse liste dans un des magasins phares de la capitale.
J’ai dit
d’accord, bon pied bon œil, pour qu’elle soit à mes côtés lors de ces
expéditions aussi hallucinantes que fatigantes.
ENORME erreur,
les goûts évoluent d’une génération à une autre, en fonction aussi de notre
manière de vivre et de recevoir.
Mais je ne le
savais pas, et en bon petit soldat que j’étais à cette époque-là, j’ai
consciencieusement choisi moult argenterie, plats, vases et autres objets –
indispensable-mais-toujours-emballés - qu’elle m’a fermement conseillé.
Et voilà, après
l’équivalent de semaines passées à analyser chaque marque de fond en comble,
j’ai enfin bouclé un gros chantier du pré-mariage : ma liste… Dont une
bonne partie des cadeaux prend toujours trop de place dans mes étroits placards
parisiens !
Je m’appelle Anna, et mon amoureux, c’est Jules.
Le compte à rebours a commencé avant le jour J.
Je suis envahie de sentiments si nombreux qu’il m’est difficile parfois de supporter mes propres sautes d’humeur.
La joie, l’excitation, l’inquiétude, l’énervement, l’impatience : et si j’oublie mes chaussures, et si Jules me dit « non », et s’il pleut des cordes toutes la journée, et si la couturière fait faillite avant de me donner ma robe et si mes témoins ne témoignent plus, et si je tombe malade la veille…
Avec un peu de recul, de quel égocentrisme je suis capable ! Rien ne compte plus alors que mon adorable nombril et le pire, c’est que je trouve anormal que tous ne me suivent pas dans mes délires obsessionnels !
Jules, plus prévenant que jamais, à juste titre convaincu que ce n’est qu’une sale période à traverser, simule un intérêt sans borne pour ce qui le dépasse vraisemblablement : le plan de table des mariés et notre arrivée pour le dîner, en grande pompe évidemment, cela va de soi.
Et ainsi passent les jours, les semaines et les mois, je vis obsédée par ce jour, que je veux inoubliable pour tous.
J’exige du ciel qu’il soit clément, de ma couturière qu’elle suive avec précision, voire intérêt, mes variations de poids, de mes témoins qu’ils soient beaux, bronzés et souriants, de mes frères et sœur qu’ils soient des modèles d’élégance et de décontraction, du prêtre qu’il sot fédérateur, de l’organiste qu’il atteigne son meilleur niveau… et de Jules qu’il m’aime encore malgré ce que je lui fais vivre…
Notre vraie bonne idée, c’est quand même d’avoir choisi de nous marier rapidement. Parce que dans le cas contraire, je me demande vraiment s’il aurait dit « oui » !
Je m’appelle
Anna, et mon amoureux, c’est Jules.
C’est
incroyable l’effet que ça me fait, nous allons nous confier nos vies, ce n’est
pas rien.
Et une fois de plus, je suis seule à me poser ces questions-là…
Mon homme se
laisse bercer par la douce idée d’une jolie femme en blanc remontant la nef de
l’église au bras de son très fier papa.
On ne se refera
pas, j’assume d’être celle qui tergiverse, et d’avoir près de moi l’incarnation
du bonheur vrai et simple. Je ne le sais d’ailleurs pas encore mais son
attitude positive, tournée uniquement vers le futur, me sera d’un grand
réconfort dans les années à venir.
Bref, pour le
moment, je suis devant un agenda vide qu’il va falloir remplir à coups de
rendez-vous plus ou moins drôles.
Et tout d’abord et naturellement, nos parents…
Nous voilà donc
un week-end chez mes futurs beaux-parents, avec mes parents tout endimanchés
pour évoquer les premiers détails de ce qu’ils veulent être « le mariage
de l’année » ! Très vite, la discussion nous dépasse, et nous sommes
loin de la cérémonie simple et intimiste dont nous rêvons.
Mais nous les
laissons se faire plaisir sans rien dire, conscients que nous serons toujours et invariablement
les acteurs principaux de notre mariage, qui ne se résume pas à un jour, un
moment, un lieu…
Je m’appelle
Anna, et mon amoureux, c’est Jules.
Dès que nous
sommes sortis ensemble, une question s’est imposée à moi, tacite et sourde :
comment saurais-je si Jules et moi, c’était pour la vie ?
Parce que c’est
vrai qu’on se connaissait tellement bien avant de s’embrasser que ce fait a
tout de suite pris une amplitude particulière. Du moins pour moi…
Mais est-ce que
cela présumait forcément d‘une suite positive ? Je me suis posé la
question à peu près tous les jours pendant les six premiers mois : six
mois déjà que nous ne sortions plus l’un sans l’autre, que nous recevions
« chez nous », que nous passions nos week-ends en duo… Six mois dont
cinq de questionnement de plus en plus oppressants.
Il faut me
comprendre, Jules est ma première grande, vraie, longue histoire sérieuse… À
part un chevalier très charmant, aucun n’a eu le privilège de mes sentiments
exclusifs avant Jules, c’était donc très impliquant pour moi !
Et voilà qu’un
jour tout fait comme les autres, dans un Paris tout à fait identique à la
veille, profitant d’une météo clémente, comme les journées précédentes, Jules
m’a invitée à une promenade, plus que romantique, Avenue de la Grande Armée
exactement, dans un flux de voitures aussi dense que l’avait prévu Bison Futé
une veille de long week-end. Et là, à ma grande stupéfaction, alors que rien ne
me laissait l’imaginer (bien que je me sois mille fois inventé la
scène !), il m’a demandé de l’épouser !
Les bras m’en
sont tombés, je n’y croyais pas ! Il y était allé, comme ça, faisant fi de
tout romantisme, avec tant d’assurance et de naturel que je crois qu’il
n’attendait aucune réponse de ma part.
J’aurais bien
voulu le faire mariner un petit peu, mais je l’aimais tant, déjà, qu’un
« oui » aussi franc qu’enthousiaste m’a échappé, là, entre klaxons et
derniers rayons de soleil…
Depuis ce jour,
quelque part sur cette grande avenue, j’ai un
souvenir extraordinaire d’un jour qui s’annonçait tellement ordinaire…
Je m’appelle Anna, et mon amoureux, c’est Jules.
Ce qui est
agréable, quand on sort avec son meilleur ami, c’est qu’a priori, on le
connaît, si ce n’est pas par cœur, du moins très, très bien.
On anticipe
donc ses réactions, on n’en rajoute pas trois tonnes sur les sujets qui
fâchent, on agit tout en douceur en ce qui concerne sa famille, on ne dit pas
encore vraiment ce qu’on pense, car justement, il est trop tôt pour penser à
autre chose qu’à la douceur de vivre ensemble une relation saine, stable,
équilibrée, affectueuse et qui s’enracine dans un sentiment plutôt prometteur.
Et puis voilà,
un jour, on y est, pour la première fois, on n’est pas d’accord sur un sujet
houleux, voire douloureux, et en ce qui nous concerne, ce fut le shopping le
premier week-end de soldes !
Et devinez
quoi, alors que Jules, supposé être le plus délicieux, le plus compréhensif et
patient qui soit, ce jour-là, Jules décide de dédaigner mon envie chevillée au
corps de l’emmener avec moi et préfère rester chez lui à trier des papiers, et
ainsi « rattraper le retard accumulé depuis qu’on est ensemble ».
La nouvelle
tombe comme une bombe : mon amoureux se fiche de moi, mon apparence lui
importe peu, et ne le valorise même
pas!
Et le pire,
c’est qu’il semble déjà loin de cette décision incontournable et des
conséquences désastreuses que cela
pourrait impliquer dans mon épanouissement personnel.
Non, décidément, entre hommes et femmes, nous ne nous comprendrons jamais, et
là où j’imaginais créer un nouveau lien, fait de souvenirs complices autour
d’une cabine d’essayage, il ne voit qu’une demi-journée perdue entre
agressivité et dépenses inutiles.
Pire, il est
persuadé que j’ai déjà de quoi m’habiller pour les dix années à venir …
Me voilà donc
pour la première fois aspirée dans un sentiment d’abandon que je mettrai un
temps fou à ne plus voir que comme la simple preuve, une fois de plus,
qu’hommes et femmes, s’ils sont complémentaires, ont des raisonnements parfois
opposés…
Je m’appelle
Anna, et mon amoureux, c’est Jules.
L’enjeu était
délicat car elles se connaissaient bien (le charme de la bourgeoisie de
province !) et il ne fallait surtout pas qu’elles anticipent un quelconque
projet à notre encontre, avant même que nous nous le formulions, Jules et moi.
En clair, je ne
voulais pas que, dans la surprise de découvrir leurs oisillons
« ensemble », nos parents nous marient trop vite !
Alors nous avons décidé d’annoncer ça le plus simplement possible, avant un dîner réunissant plusieurs amis chez les parents de mon amoureux.
Je m’appelle
Anna, et mon amoureux, c’est Jules.
Dès qu’on est
sorti ensemble, Jules et moi, ce fut un peu compliqué…
J’avais soudain
mon meilleur ami dans les bras et j’étais censée lui attribuer des
« petits noms », l’embrasser langoureusement et faire des projets
avec lui…
J’en avais
pourtant rêvé pendant des années et je me retrouvais, toute hésitante,
intimidée par l’homme que je connaissais pourtant le mieux (après mes trois
frères et mon cher papa !).
Il fallait que
j’assure, si je ne voulais pas perdre l’objet de mes désirs, de mes rêves,
celui que j’avais attendu et sollicité par mille feintes pendant six ans.
Le pire,
c’est qu’il était, dans son genre, caractéristique de la gent masculine :
il parlait peu et n’exprimait pour ainsi dire pas ses sentiments… Si
embryonnaires fussent-ils, j’avais tellement besoin de les connaître.
Mille fois je
me suis demandé si je n’avais pas fait une bêtise en troquant une amitié
sincère et fidèle contre une histoire d’amour hypothétique, qui, si elle se
soldait par un échec, me faisait perdre mes deux meilleurs amis : sa sœur
grâce à laquelle je l’avais rencontré et lui, mon Jules chéri.
Oui, je dois le
reconnaître, j’avais peur de vivre mes sentiments car je n’étais pas convaincue
des siens.
Et puis les
jours se sont transformés en semaines, en mois, et petit à petit, je me suis
rassurée. Une fois cependant, je l’ai questionné sur sa réserve… Il m’a répondu
que les choses étaient tellement évidentes pour lui et entre nous qu’il
n’éprouvait pas le besoin de les décortiquer. J’ai aimé… mais j’ai compris ce
jour-là que notre histoire réunissait deux personnalités très ancrées dans leur
genre, et que la suite serait probablement un chemin dense, qui, pour aboutir à
une union heureuse, exigerait générosité et compréhension …
Je m’appelle
Anna, et mon amoureux, c’est Jules.
On ne s’est pas vraiment rencontrés, nous deux, car lui, c’est le grand frère de Pascaline, mon ex-meilleure amie, qui est devenue ma belle-sœur. Pas facile de mélanger les genres car si on peut se plaindre de son jules à une amie, c’est plus délicat quand elle devient votre belle-sœur, vous suivez ?
Bref, j’ai vu
Jules la première fois quand j’avais 17 ans, j’en ai 35 aujourd’hui. La moitié
de ma vie avec lui, sans me rappeler LA rencontre…
Tout ce dont je
me souviens, c’est qu’il m’a plu très vite, lui le « vieux » (de 3
ans mon aîné, ça compte !), le solitaire, le mystérieux, le fougueux, le
ténébreux, bref, lui.
Lui, entre
nous, ne m’a pas jeté un cil avant des années, dédaignant mes jupes-culottes
écossaises et leur préférant les jeans « neige » des années 90 et
celles qui les portaient avec beaucoup de... suggestivité.
Bref, on s’est croisés plus qu’on ne s’est rencontrés, avant de bien nous entendre et de réaliser que nous avions pas mal de valeurs et de goûts communs.








