«Demain, j'arrête... de regretter mon ex ! | Accueil | Emmanuel »

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3147876703_0f653890c3_o Il réussit à franchir les portes de la rame juste avant que celles-ci ne se referment derrière lui dans leur fracas habituel. Le casque vissé sur les oreilles, il scrute rapidement le bocal métallique et se faufile jusqu’à un strapontin libre. Il s’affale et laisse filer ce souffle trop longtemps retenu lors de sa course effrénée sur le quai. Plus loin, un guitariste improvisé joue avec désespoir sur une guitare tout aussi mélancolique. Il est 18h10.

Installée contre la vitre, elle regarde défiler les murs gris teintés de néons blafards. Comme ses pensées. Rien ne semble la perturber. Pas même les regards de ces hommes qui se posent souvent sur ces doux yeux. Ramassée sur elle-même, blottie contre sa tristesse. Elle est comme ça depuis qu’il est parti. Sa vie n’est plus que survie, son cœur est en jachère. La mélodie grattée qui perce le roulement du RER et qui provient de l’autre bout de la rame ne fait que bercer cette lassitude devenue quotidienne.

Les stations défilent comme toujours. Le même ordre. Le même va-et-vient de ces foules. Les mêmes têtes. Il n’y prête même plus attention. Son sac sur les genoux, le veste de son costume déboutonnée, il lit un de ces journaux gratuits qui sustentent très bien son peu d’appétit de ce qui se passe autour de lui. Dans le monde. Ce monde qui sans elle ne présente finalement que peu d’intérêt. Le guitariste passe dans les allées avec son gobelet. Il lui donnera tout de même une pièce sans trop savoir pourquoi aujourd’hui et pas les autres jours.
Charles-de-Gaulle-Etoile. Plus qu’une station, et elle sortira de ce trou lugubre qui parfois l’oppresse. Imaginer toute cette distance qui la sépare de l’air libre au-dessus de sa tête. Tous ces gens, autour d’elle, enfermés dans ces conserves sur roue. Toute la vie qui grouille entre ici et là-haut. Ce bruit. Cette odeur. Elle a parfois envie de vomir. Et ce pauvre homme qui passe dans les allées à la recherche d’un sourire, d’une pièce, d’un ticket restaurant. Elle lui donnera tout de même une pièce parce que sa mélancolie rime avec la sienne.

18h26 – La foule se presse aux portes. Il s’agglutine aussi. Comme d’habitude. Le train s’arrête. Les portes libèrent la horde grouillante, pressée qui se précipite sans vergogne sur les escalators. Lui préfère les escaliers. C’est plus calme. Son train est dans 5 minutes. Il l’aura.
Arrivée en haut des marches, elle essaye de ne pas se faire piétiner par l’égoïsme notoire des usagers des transports en commun. Elle traverse les tourniquets. Monte encore quelques marches et se retrouve sur les quais. A l’air libre. Enfin. Son train ne va pas tarder. La foule est déjà compacte. Le guitariste est là aussi, un peu plus loin.

18h32 – Le train rentre en gare prêt à engloutir un nouveau flux de passagers. Les portes s’ouvrent juste devant lui. Celles du bout du wagon. Là où l’on met les vélos ou les personnes qui ne veulent pas se retrouver avec les autres convives ferroviaires. Il a évité de peu de se retrouver contre le guitariste et son encombrante guitare et a opté, au dernier moment, pour l’autre entrée manquant de peu de renverser une jolie jeune femme à la mine triste.
Elle se mit à sourire à cet homme un peu maladroit qui venait de s’excuser de l’avoir bousculée. Sans doute le premier sourire de la journée. Le sien était beau, tendre et plein de tristesse cachée. Comme elle.

18h35 – Le bétail urbain est amassé, les uns contre les autres, les portes se referment, le train va partir. Il se retrouve coincé entre un grosse balèze à la mine patibulaire, un vieux croulant et la jolie jeune femme. Il essaye de retenir la masse humaine pour éviter qu’elle soit écrasée contre la vitre.
Par chance, elle voit le jour. Pour une fois son nez n’est pas sous les aisselles d’un homme à l’hygiène douteuse. Au contraire. L’homme pressé semble faire des pieds et des mains pour éviter qu’elle soit encastrée. De nouveau un sourire.

Quelle douceur étrange émane de cette bouche qui le regarde. Il sent naître en lui une chaleur magique. Une sorte de bien-être. Comme un rayon de soleil chassant d’un coup la noirceur des nuages qui obstruent son cœur. Un violent coup de volant le rapproche involontairement d’elle.
Son corps contre le sien, elle ne fait rien pour s’en dégager. Au contraire. Ce contact la paralyse des pieds à la tête. Un frisson la parcourt. Ses yeux rencontrent les siens. Elle se tourne, se rapproche. Ils sont face à face.
Plus rien ne semble avoir d’importance. Ce qu’il y a autour. Le temps. Les stations qui défilent. Leurs visages finissent par se toucher. S’embrasser. Comme s’il se connaissait depuis toujours. Comme si la vie les avait mis là.

Plus loin un guitariste les regarde. Il sourit. Il range sa guitare, ferme son long manteau. Derrière, près de ses pieds, des ailes disparaissent …


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