«Se marier est il un acte romantique ? | Accueil | Le poème n’est pas encore ringard »
Tout simplement
18h35 – Une foule compacte et dense se presse devant l’entrée. Quelques minutes plus tard, le cordon de sécurité se retire et au beau milieu de bambins hurlants et d’adolescents défroqués, ils tentent de se frayer un chemin bras dessus dessous tenant leur précieux sésame leur ouvrant les portes de la salle obscure. Il lui ouvre la seconde porte du sas, la fait passer en la tenant par les hanches. Leurs sourires s’échangent. Rien ne manque pour leur sortie dominicale : boissons fraîches, bonbons et pop-corn. Ils s’assoient au milieu. Comme toujours. Ils aiment s’asseoir au milieu. Comme ils aiment les bandes-annonces et les sièges rouges. Les odeurs. Celles des cinémas, du pop-corn et de l’excitation qui règne avant le début du film. Cet endroit feutré où ils vont partager ensemble les mêmes émotions.
Devant les tribulations numériques d’un drôle de trio fait d’un mammouth, d’un tigre et d’un paresseux, ils sont serrés l’un contre l’autre, ils rient des mêmes scènes et du même rire. Naturellement. Partageant le même pot à pop-corn, la même paille. Tout simplement. Comme deux enfants. Les mains fourrées dans le même sac à bonbons, ils se chamaillent. Elle, elle aime les schtroumpfs acidulés et les réglisses entortillés. Lui préfère les crocodiles colorés mais s’amuse à lui piquer les autres. Juste pour ne pas les aimer et juste pour la faire râler et mieux lui voler un baiser.
Après ils iraient sans doute dîner. Dans ce petit italien qui vient d’ouvrir sur le boulevard derrière chez eux. Ils commanderaient des pâtes. Leur pêché mignon. Ils se boufferaient des yeux, parleraient de la pluie et du beau temps, et ils partageraient un dessert à deux. Sans doute un dessert au chocolat. Une petite balade digestive nocturne à admirer les lumières de la ville et à se tenir la main. Sous un réverbère, non loin de la Tour Eiffel, il l’embrasserait. Une fois rentrés, ils s’endormiront l’un contre l’autre en se rappelant le film de ce soir. Bien sûr, les cinémas ont bien changé depuis leurs premiers émois après la guerre. Les films aussi. Pourtant eux, sous leur peau ridée des mêmes rides par les mêmes affres du temps qui passent, bat le même amour. Comme au premier jour. La même envie de partager les mêmes choses au même moment. Donner autant que recevoir. Deviner, écouter, surprendre.
Et moi qui suis assis derrière eux je les regarde et souris. Et si c’était ça le secret des couples qui durent ; la complicité. Tout simplement.
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